RALENTIR …

 

Ralentir … on en entend parler un peu partout ! De plus en plus ! Mais est-ce vraiment un hasard dans ce monde mu par le toujours plus, toujours plus vite, toujours plus productif ?

A travers mon voyage à la voile, j’ai voulu expérimenter cette idée de slow life en me donnant pour objectif de retrouver un rythme davantage guidé par mes simples besoins d’être humain que par les nombreuses sollicitations extérieures : commerciales, sociales, associatives, amicales, etc.

De manière générale, je suis plutôt d’un naturel actif : j’aime avoir une vie sociale bien remplie, des projets professionnels à mener, des activités et des passions qui me nourrissent.

Pourtant, dans mon quotidien sédentaire, je me suis surpris à éprouver de la fatigue et de la lassitude à faire des choses que j’aime, voire qui me passionnent (ne parlons pas de autres !)
Comment cela est possible ? Comment puis-je éprouver le moindre hésitation à l’idée d’aller faire de l’escalade, du canyoning, ou encore d’inviter des amis à la maison ?
… et pourtant, c’est arrivé plus d’une fois : “la flemme, pas envie, une autre fois” …

J’ai fini par comprendre que cela n’avait rien à voir avec la nature de mes activités, mais plutôt avec le rythme que je m’imposais en enchaînant tous ces activités, même passionnantes.

Dès que le sentiment d’être surchargé, voire débordé, apparaissait, la moindre sollicitation supplémentaire devenait oppressante, un peu comme un trop plein d’eau qui déborde d’un seau rempli à ras bord.
Je m’empressais alors de la rejeter … ou la subissais.
Être invité chez des amis ou recevoir chez moi, organiser une sortie de canyoning ou d’escalade, … tous ces plaisirs sont susceptibles de devenir des contraintes dans ces conditions.

Je crois que la surcharge mentale a le don de transformer les plaisirs en contraintes, un don dont on se passerait bien !

Heureusement, la disponibilité mentale possède, elle, le don inverse : celui de pouvoir changer les obligations de la vie en petits (ou grands) plaisirs.

En voyageant à la voile, l’écoulement du temps est guidé principalement par le vent et la mer et se nourrit des tâches quotidiennes nécessaires à nos besoins essentiels : manger, boire, dormir, naviguer, et entretenir l’espace de vie et le matériel nécessaire à la navigation.
Un espace propice à la contemplation, à la réflexion, à la lecture, à l’écriture, à la musique, aux travaux manuels, etc., s’ouvre devant soi.
Autant de choses qui deviennent difficiles, voire impossibles, dans un quotidien rythmé par la vie professionnelle, familiale et sociale.

Tout le monde a fait cette expérience pendant ses vacances, mais que ressent-on sur un plus long terme ?
Est-il normal de ne s’autoriser cela que quelques jours par an ?

Dans le rythme lent d’une vie à la voile, je découvre dans un premier temps qu’il ne m’est pas si facile de lâcher prise et de m’autoriser à ne rien faire, car cela ne m’est tellement pas naturel que je culpabilise parfois. Alors, je cherche à tout prix à m’occuper, à marcher, à visiter, à cuisiner, à bricoler, à faire des mots croisés, ou que sais-je encore. Changer de rythme pour un hyperactif n’est pas une chose si facile. Je me retrouve vite confronté à mon envie, voire même à mon besoin de faire quelque chose.

Mais petit à petit, en retrouvant de la disponibilité mentale, je retrouve de l’espace pour rêver, pour laisser mon esprit vagabonder, pour regarder les choses, les formes, les couleurs, la mer et les nuages. Je me reconnecte peu à peu à mon intuition. Je retrouve du temps pour penser, pour faire le point sur ma vie et mes envies, mes idées et mes projets.
J’apprends aussi à apprécier la solitude, qui devient même un plaisir intense en navigation et un besoin.
En fait, je quitte le besoin de fuir la simple présence à moi-même, sans artifice, sans fard !

La disponibilité mentale remet également de la qualité dans les relations. Déjà, parce qu’elle permet de mieux gérer ses émotions et de ne plus les faire subir aux autres. Ensuite, parce quand on ressent qu’on a du temps, on n’éprouve plus aucune difficulté à prendre 10 minutes pour écouter attentivement ses enfants ou son compagnon, ou encore pour parler à cet inconnu croisé dans la rue. Et si ces 10 minutes se transforment en une heure ou en une demi-journée, cela ne pose aucun problème et devient même une belle occasion de véritables rapports humains, une source de joie.
En devenant plus disponible, il devient facile de sourire aux gens dans la rue, de leur dire BON JOUR avec attention, plutôt qu’un bonjour courtois dénué d’intention.

Dans le long terme, une fois les premières difficultés passées, l’expérience de ralentir devient très plaisante : on retrouve le plaisir de se redevenir humain, de se reconnecter aux autres, qu’il s’agisse de ses proches comme d’inconnus ! On ne fonctionne plus comme des robots, toujours pressés par le temps, et d’ailleurs pressés tout court.

Dans ce nouveau rapport au temps qui nous tend les bras, les “corvées” parviennent même à devenir des plaisirs. Si on enlève les distractions factices (celles qui permettent de s’évader : télévision, internet, playstation, mais aussi courir à droite ou à gauche pour telle ou telle activité), on retrouve de la joie dans le simple fait de se faire à manger, de cuisiner quelque chose de bon pour les autres, de réparer, de recoudre, de nettoyer, de faire ce qu’il faut pour que la vie soit agréable. On retrouve du plaisir à faire des choses ensemble, comme quand on écossais les petits pois sur la nappe à carreaux de notre grand-mère en l’écoutant raconter ses histoires de jeunesse.

Selon moi, c’est de ce genre d’expériences que naissent la joie et la sérénité que l’on cherche tant dans notre quête éperdue du bonheur.

Cela soulève de nombreuses questions sur la façon dont nous vivons notre vie dans la société occidentale. Choisissons nous véritablement la façon dont nous la vivons d’ailleurs ?

Je crois que notre rapport au temps est, avec notre rapport à l’argent, un des points essentiels qui nous rend malheureux ou du moins qui pervertit notre prédisposition au bonheur.

Tout peut changer dès qu’on réalise qu’il ne s’agit là que de NOTRE représentation de ce que la vie “doit être” … il s’agit d’une simple idée dont nous avons fait une vérité absolue.
Toute notre vie se base alors sur cette idée.

Mais alors … peut être qu’il suffirait de changer de regard sur ce que “doit être” la vie pour pouvoir changer de vie ?

Je vous laisse méditer sur cette idée …

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