Choisir pour Agir

CHOISIR POUR AGIR

La peur du changement

Apprendre à optimiser ses capacités de prise de décision est un grand pas (cf. articles précédents sur le choix). Mais la finalité n’est-elle pas de passer à l’action pour opérer les changements nécessaires à mener la vie dont on rêve ?

Quand je m’apprête à faire un choix difficile et important dans ma vie, j’ai souvent l’impression de devoir choisir entre noir ou blanc, on ou off, quitte ou double ! Je ressens alors sur mes épaules le poids d’une responsabilité qui me paraît énorme et qui me donne l’impression de jouer ma vie.

Peut être avez-vous déjà connu cette sensation ou l’avez-vous déjà observée parmi vos proches ?

Plus encore qu’un fardeau, cela peut parfois devenir un véritable frein. Acculé par l’enjeu que l’on place sur un choix qui nous apparaît cornélien, on devient alors capable de trouver tous les moyens pour auto saboter son choix : par exemple en le reportant à plus tard, voire même, en abandonnant lâchement toute velléité de changement. On excelle alors à se trouver un tas de “bonnes raisons” pour rester dans sa zone de confort, alors qu’au fond de soi-même, on sait à quel point ce changement est nécessaire (voire vital dans certains cas : par exemple dans les cas de maltraitance conjugale ou familiale).

Plus la perspective du changement devient imminente, plus l’idée de ses implications peut devenir un facteur de stress et nous poussent à freiner des quatre fers pour faire marche arrière.

Là où certains n’éprouvent pas de difficulté particulière à opérer des changements importants ou radicaux, d’autres, spécialistes de l’auto-sabotage, peuvent passer des mois (voire des années) à ne rien mettre en œuvre pour concrétiser leur souhait ou leur besoin d’évoluer.

Transformer l’essai ?

Alors comment maximiser vos chances de passer à l’action ?

Je n’ai pas de réponse toute faite ou de recette miracle “à l’américaine” à vous offrir. Mon propos est de partager avec vous quelques idées qui m’ont convaincu par leur simplicité et leur efficacité. C’est en les faisant vivre, en leur trouvant des applications dans différents contextes de mon quotidien que j’ai commencé à voir des changements s’opérer. Inspirées des fondamentaux du coaching, je les ai utilisées avec différentes personnes que j’ai eu le plaisir d’accompagner, pour leur plus grand bénéfice.

Si ce sujet vous interpelle, avant d’aller plus loin, voici ce que je vous propose. Je vous invite à :

– vous affranchir de tout a priori et d’opter pour une posture d’ouverture d’esprit et d’expérimentation,

– imprégner votre vie quotidienne de ces idées, jour après jour, et les laisser infuser, sans attente particulière,

– jouer avec ces idées et prendre du plaisir à en trouver des applications dans votre vie familiale, professionnelle, ou sociale … laisser vous surprendre par vos propres capacités d’évolution.

1ère idée :
Prenez le temps de bien formuler votre choix.

Vous êtes peut être en train de vous coller une pression inutile en vous imposant une décision un peu trop catégorique, manichéenne ou empressée.

Nos idées engendrent nos paroles, qui engendrent nos actes, qui façonnent notre réalité. La façon d’appréhender nos choix, de les mettre en mots, puis en actions créer des réalités bien différentes.

Autrement dit, la seule façon dont nous formulons nos choix peut nous conduire à vivre des expériences plus ou moins constructives.

Quelques questions à se poser pour formuler un choix important :

1- Quel est mon vrai besoin derrière ce choix ? Formulé ainsi, y répond-il de façon directe et évidente ?

2- Fais-je ce choix à 100% pour moi ou suis-je en train de prendre une part de la responsabilité de l’autre (en pensant à sa place) ?

3- Suis je capable de me projeter de façon positive dans la mise en œuvre et les conséquences de ce choix ?

4- Ce choix me respecte-t-il ? Respecte-il les autres (attention, je n’ai pas dit : “répond-il à leurs attentes”)

5- Quel est son réel degré d’urgence / de non-urgence en dehors de toute émotivité ?

En passant vos choix au crible de ces quelques questions, aussi honnêtement que possible (il est si facile de se mentir), vous optimisez déjà considérablement votre capacité de les mettre en œuvre. En effet, il sera difficile d’appliquer un choix qui ne répond vraiment à nos véritables besoins, ou qui a été formulé dans l’urgence, pour répondre à un posé par l’autre par exemple (et qui répond donc aux besoins de l’autre plutôt qu’aux siens).

Prenons un exemple concret et passions le au crible de ces 5 questions :

“C’est décidé, je ne reste pas un jour de plus chez mes parents. Je viens pas les voir pour qu’à chaque fois, ils passent leur temps à me donner des leçons que la façon de vivre sur ma vie”

Formulation de mon choix : rester et les laisser continuer ou partir pour que cela cesse

Mon vrai besoin : me sentir respecté et reconnu en tant qu’adulte responsable. Ici, le choix ne répond pas directement au besoin

En n’exprimant pas à mes parents mon vrai besoin, je leur vole leur part de responsabilité. J’anticipe leur réaction sans l’avoir vérifiée. Je me dis qu’ils vont réagir une fois de plus de la même façon. Mais ai-je déjà exprimé clairement mon besoin ? Sans détours et sans jugement ?

Oui, je m’imagine très bien choisir d’aller voir mes amis plutôt que mes parents la prochaine fois. Mais j’imagine aussi la gêne, le mal être et la tristesse qui risque de s’installer à la longue si je reste campé sur ma position.

Par conséquent, ce choix ne me respecte pas totalement pas plus qu’il ne respecte mes parents

Il est clair que je formule ce choix sous le coup de l’émotion après une dispute ou un désaccord. La décision de ne plus revenir ne revêt réellement aucun degré d’urgence et n’a pas plus besoin d’être formulé de manière aussi tranchée.

Comment repositionner mon choix ?
Mon choix revient finalement à dire : je me sens mal dans cette situation. Je vais exprimer mon besoin simplement et très clairement à mes parents et vérifier ce qu’il vivent en leur laissant leur part de responsabilité (sans pour autant mettre toute la faute sur eux !). Je vais aussi leur dire que si rien ne change, mes visites s’espaceront.

Je pourrais donc aller voir mes parents, à un moment dénué de tension émotionnelle et de leur dire : “quand je viens chez vous, je me sens très mal à l’aise car je ne me sens pas respecté en tant qu’adulte, responsable de ma propre vie. J’aimerais savoir comment vous le vivez et que vous m’expliquer votre façon de voir les choses, car mon envie de venir vous voir diminue à chaque visite et ce n’est pas ce que je souhaite. Si nous n’arrivons pas à faire évoluer cela ensemble, j’occuperais mes vacances autrement pour être sur d’en profiter pleinement car ce n’est pas vivable pour moi ainsi”.

La nouvelle formulation du choix, sans être parfaite, est déjà nettement plus respectueuse de ces 5 critères.

Baser son choix sur des informations vérifiées plutôt que sur des interprétations et des extrapolations, particulièrement sous le coup de l’émotion, évite bien des erreurs.
Nous sommes nombreux à posséder une machine à se raconter des histoires particulièrement très performante (trop ?). Il alors n’est plus besoin de demander leur avis aux personnes concernées puisque notre mental, notre dialogue intérieur, est expert dans l’art de faire les questions et les réponses tout seul !

La communication non violente apporte une aide précieuse pour exprimer son besoin de façon posée et claire en laissant à l’autre sa part de responsabilité et en ouvrant le dialogue. Cela permet une vérification bien plus efficace que d’asséner des reproches en disant : “de toute façon c’est toujours comme ça avec toi”.

Aller plus loin :
– communication non violente: Cessez d’être gentils, soyez vrais de Thomas d’Ansembourg
– notion d’écharpe relationnelle: Heureux qui communique de Jacques Salomé

2ème idée :

Et si vous aviez en réalité plus d’options que vous ne l’imaginiez ?

Nous sommes habitués à penser dans un moule de normalité, dans un référentiel que l’on imagine commun à tous nos contemporains. Et pourtant, des solutions que l’on n’avaient pas imaginées émergent dès qu’on libère notre créativité, qu’on lui donne carte blanche et qu’on lui offre la possibilité de sortir des cadres.

Si l’on reprend l’exemple précédent, la relation parent-enfant peine parfois à évoluer lorsque l’enfant (même un fois adulte) se retrouve “à la maison” (celle de son enfance, donc de ses parents).
Un changement de lieu peut faciliter l’évolution de la relation. Pourquoi pas choisir de les inviter à son propre domicile, ou dans un cadre différent, qui les sort de leur zone de confort.
Ils ont toujours rêvé de découvrir la Bretagne. Pourquoi ne pas louer quelque chose là-bas pour s’y retrouver ?
Une autre possibilité pourrait être de passer des moments seul avec l’un des parents, puis avec l’autre. Casser le réflexe du couple parental en créant des relations privilégiées de qualité.
Je suis sûr que votre créativité peut produire d’autres idées plus originales.

Si vous manquez d’inspiration, je vous propose une autre option qui consiste à décomposer votre offre (à travers ce choix) en sous objectifs. C’est ce qu’illustre l’exemple précédent : l’objectif initial est : “je veux que mes parents me respectent en ne se comportant plus comme ça avec moi”. Cet objectif peut se décomposer en plusieurs sous objectifs. Par exemple : “je vais commencer par exprimer mon besoin véritable et les mettre face à leur part de responsabilité” (comme dans la nouvelle formulation). Puis, par exemple, si cela ne fonctionne pas je leur proposerais de leur en vacances ensemble en Bretagne. Puis, si vraiment rien n’y fait, j’organiserais mes vacances différemment à l’avenir.
(Ce ne sont que des exemples, dans les sous objectifs, il pourrait également y avoir “je travaille sur moi pour ne plus être impacté par l’attitude de mes parents”, et bien d’autres idées).

3ème idée :
Un chemin de 1000 miles commence toujours par un 1er pas

Un choix de vie est un choix complexe qui englobe différentes composantes de notre existence : personnelles, professionnelles, sociales, etc.
Il est difficile de prévoir l’impact réel qu’aura notre choix sur chacun de ces domaines de notre vie.
Alors on suppose, on imagine, on évalue, on présume … et on se laisse facilement paralyser et décourager par la complexité de cet exercice mental, dont le rôle n’est bien souvent que de donner le change à nos peurs.
Nous ressassons ce faisant des versions peu optimistes des impacts que pourrait avoir notre choix sur notre avenir. C’est là,la source de notre paralysie : d’un côté on ressent un besoin impérieux de changement, et de l’autre, on en a une peur bleue.

Pourquoi ne pas décomposer cette complexité en plusieurs étapes pour la décomplexifier ?
Et si chaque étape avait le pouvoir de nous faire avancer de manière concrète et de nous aider à clarifier l’étape suivante dans un cheminement progressif vers notre objectif ?

Plutôt que de faire un gros choix, porteur d’une grosse pression et de gros enjeux, pourquoi ne pas se laisser la possibilité d’avancer pas à pas, de vérifier, d’adapter, de corriger, et de partager en posant de plus petits choix … des micros-choix, concrets et immédiatement applicables ?

De cette façon, on commence à créer la réalité que l’on souhaite.

On peut ajuster notre réalité (notre environnement, nos relations, etc.) à nos avancées et se laisser la liberté de découvrir de nouvelles options, de nouvelles possibilités pour parvenir à notre objectif.

Par l’action, on s’ouvre de nouvelles portes, car elle seule est porteuse d’un gain d’expérience, grâce aux erreurs commises qui nous permettent de progresser, grâce à la rencontre de nouvelles personnes qui tombent au bon moment, grâce à l’émergence de nouvelles idées qui naissent de ces micro-changements.

L’action fait disparaître la peur, qui elle, ne se nourrit que de projections.
Les ”hasards” surprenants se multiplient, certains les appellent “synchronicités”.
Comme on l’entend parfois : “le monde se met à comploter à notre réussite”.

C’est une façon bien plus légère, riche et agréable d’avancer vers notre objectif.
Chaque micro-choix revêt de fait un caractère moins urgent, moins risqué et plus léger. Il permet de faire mûrir le meilleur chemin vers la finalité visée tout en s’en rapprochant pas à pas.

Mais le plus important est que, là où notre choix trop complexe nous conduisait à l’enlisement, ces micro-choix nous permettent de commencer à agir et de progresser concrètement.

Les alpinistes qui gravissent l’Everest sans oxygène savent qu’ils n’y parviendront qu’en mettant toute leur énergie et toute leur détermination dans chacun des pas qui les conduit vers leur objectif. Sans cela, le froid, l’épuisement, la peur, les risques, etc., les pousseraient à abandonner.

En commençant à faire ce que nous voulons vraiment, nous devenons de plus en plus celui ou celle que nous aimerions devenir.
Quelle plus belle route que de cheminer vers sa propre réalisation ? Cela nous rend plus forts, plus déterminés, plus joyeux, plus légers, plus heureux.

En rayonnant d’une nouvelle énergie, nous devenons plus attractifs, ce qui impacte considérablement notre réalité.
De nouvelles opportunités émergent.
C’est un cercle vertueux qui se met en place.

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