Etre au paradis et rêver des Ardennes…

Ce titre, certes un peu provocateur pour la sudiste que je suis, n’est là que pour venir éclairer cet étrange paradoxe humain qui veut toujours autre chose que ce qu’il a. Et ce n’est certainement pas en donneuse de leçons que je dis cela, car je me trouve encore bien trop “frappée” par ce mal.

Hier, nous avons rencontré une “popa”, une française qui vit depuis 35 ans en Polynésie. Je me suis demandée, qu’est-ce qui l’avait amené ici. Tout simplement, une offre d’emploi, puis on fait sa vie, on travaille beaucoup, et puis on reste. Pour autant, quand elle parle de la Polynésie, plus aucune étoile dans les yeux, elle, c’est quand elle parle de la France, des Ardennes, des bals et des sorties aux champignons, qu’elle retrouve son enthousiasme. D’ici, elle n’a plus qu’une envie, partir. Passer plus de 30 ans de sa vie dans une culture ne suffit pas toujours pour dépasser la différence, s’approprier ou comprendre une autre culture. Se départir du jugement n’est pas simple, même pour ceux qui ont en eux un goût de voyage, leur culture semble inscrit en eux au plus profond.

Finalement, il finit par se passer comme dans beaucoup de couples, ce qui m’avait attiré chez l’autre (ici, la mer, la vie calme) me fait le détester au bout d’un moment (y’a rien à faire ici). Je n’ai pas le secret pour continuer à apprécier les choses que l’on a. La méditation et la gratitude y contribuent forcément, mais il me semble parfois que la privation est un remède bien plus puissant.

Sur un bateau, c’est une expérience amusante, d’être dans les eaux les plus turquoise et limpides, et de remarquer qu’à bord le “Carrefour de Tahiti” est en train de devenir un lieu de fantasme. Qui, bien évidemment, ne le restera pas longtemps, lorsque l’envie sera assouvie.

Alors finalement, faire durer ses envies, mais aussi apprécier ce que l’on a est certainement la clé du bonheur ? Bien plus que se lancer dans la quête sans fin d’obtenir immédiatement ce que l’on veut, comme la course infernale du hamster dans sa roue. C’est pourtant ce que nous offre cette société de consommation, qui nous pousse toujours à nous définir à travers de nouveaux “besoins” grâce à la magie des nouvelles versions, qui se renouvellent de plus en plus vite. Ainsi, noyés dans cette course infernale nous pouvons oublier les vraies questions. Celles qui donnent du sens à nos vies, celles qui nous font chérir les moments les plus simples, celles qui nous font décider de vivre maintenant, pleinement et de ne pas attendre un futur trop hypothétique.

Le voyage est fait de rencontres, le milieu des marins nous fait rencontrer des histoires de vies, entre une connexion capricieuse et une laverie. Des histoires de pannes, des histoires de galères, mais surtout une pleine conscience de la chance de vivre ça. A 59 ans, cette magnifique femme nous raconte que depuis 5 ans elle n’a plus eu envie de travailler. Elle pourrait le dire comme un caprice, mais elle le dit simplement. L’argent ça va ça vient, quand on voit trop de gens partir autour de nous, on se dit, c’est maintenant.

Ces rencontres éphémères, ou plus profondes, ces choix de vie ou ces moments de vie, m’inspirent. Je me nourris de ces voyageurs atypiques, de ces vieux loups de mers, comme de ces familles nomades. Ils sont parfois français, mais ils sont pour moi tout autant une découverte qu’une peuplade d’un pays lointain. Parfois, ils ressemblent à la petite famille qui habite au coin de votre rue, mais ont réalisé des aventures extraordinaires. Ils vous apprennent l’humilité, la simplicité, la passion, la remise en question, un autre regard sur la vie, assurément !

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