Regard décalé où l’histoire d’un parc, d’une forêt, d’un chien, d’un arbre et de l’être humain (oui tout ça ?)

Ce matin, j’ai rencontré une forêt, j’ai rencontré un chien et j’ai rencontré un arbre.

Tôt ce matin, je me suis proposé d’aller faire une balade dans un grand parc de la ville de New Plymouth en Nouvelle Zélande, pour commencer ma journée d’un bon pied.

 

Aujourd’hui, j’ai rencontré une forêt !

Pensant me balader sur un chemin de gravier bordé d’un lac, d’une pelouse bien tondue et de quelques arbres, comme la plupart des parcs que je connais,  je me suis retrouvé immergé dans une véritable forêt tropicale au cœur de la ville. Une dame à l’entrée m’a dit “it’s lovely, you will like it”. Habitué à l’enthousiasme parfois quelque peu forcené des Kiwis, j’ai répondu poliment que “sans aucun doute et d’ailleurs je vais aller le découvrir de ce pas”. Mais cet endroit n’est pas seulement “lovely” il est littéralement “incroyable” ! Pourquoi les parcs ne sont ils pas tous des forêts anciennes dont une partie a été préservée plutôt que des îlots de verdure artificiellement reconstitués ? Il y a une telle énergie, une telle puissance dans une vraie forêt. Quel ressourcement inouï pour un citadin de pouvoir promener et dissoudre son stress et son urbanité dans un oasis tropical, au milieu de ces arbres géants et de la canopée abritant des concertistes avisés que sont ces centaines d’oiseaux fantastiques. Fermez les yeux, vous n’êtes plus en ville mais au cœur de la jungle, sentez sa puissance, sentez son harmonie, sentez son énergie et laissez les vous contaminer tout doucement.

Alors, je me demande simplement : avons nous fait les choses à l’envers ? N’est ce pas là la véritable nature de l’homme et son seul avenir que de s’intégrer harmonieusement dans son environnement pour son plus grand bénéfice ?

 

Aujourd’hui, j’ai rencontré un chien :

Absorbé par le simple fait d’apprécier chaque pas en immersion dans ce parc-forêt, laissant mon esprit s’évader puis revenir à l’instant présent aussi souvent qu’il le souhaite, libre de vivre sa propre vie pendant que mon corps est connecté à cet endroit magique, je croise un homme accompagné d’un chien. Un beau chien noir à l’air gentil. Vous ne serez pas surpris de savoir que le chien accourt vers moi la queue frétillante, les yeux réclamant déjà des câlins, … câlins que l’on a partagé quelques instants avant que je l’invite à rejoindre son “maître” qui poursuivait son chemin.

L’idée m’a effleuré il y a quelques jours à peine…

Alors que je m’interrogeais sur le pourquoi des différences dans les relations sociales du coin de rue entre les îles du Pacifique (que je viens de traverser) et nos pays occidentaux (j’y inclus la Nouvelle Zélande), j’ai soudain perçu que les chiens ont cette part d’humanité qui nous fait défaut. Et si c’était eux qui avaient raison ?

Revenons à mes interrogations pour comprendre de quoi il s’agit. Je disais récemment à un compagnon de voyage à quel point cela était devenu presque choquant pour moi de ne plus pouvoir parler naturellement avec n’importe qui dans la rue. J’ai sillonné pendant plusieurs mois les îles du Pacifique … Galapagos, Marquises, Tuamotu, Tahiti et ses îles, îles Cook, Niué, Tonga … et une chose m’a émerveillé : les gens viennent te parler et ils se parlent entre eux.

Là où en France un nouvel arrivant ira s’asseoir à l’autre bout, dans ces coins perdus du monde, il viendra s’asseoir juste à côté de toi et engagera la conversation. Où sont nos priorités de vie ? Respect de l’espace individuel dans le 1er cas ? Contact humain dans le second ?

Cela m’a un peu dérangé au début, car je n’ai pas l’habitude et je n’ai pas non plus forcément toujours envie de converser, j’ai peut être simplement envie de rester dans ma bulle. Pourtant, j’y ai pris goût très rapidement … ce petit inconfort s’est effacé devant ce contact humain avec des inconnus croisés dans la rue, qui m’est tout simplement jubilatoire. Sourire à tout le monde et recevoir un sourire en échange, partager quelques mots, faire connaissance avec n’importe qui … finalement, ne serait ce pas cela qu’être humain ? Je m’y suis habitué au fil des jours, des semaines et des mois, au point de trouver cela  profondément normal. Puis, je suis arrivé en Nouvelle Zélande, pays réputé détendu (en terme d’état d’esprit) en comparaison au vieux continent.

Et là, fini les sourires et les paroles systématiques.

Quelqu’un qui viendrait d’Europe ferait certainement le constat inverse (comme quoi, tout est relatif, … merci Albert). Mais moi, j’aurais envie de continuer à parler à tout le monde, de sourire à tout le monde … mais ça n’est plus la règle ici. Bien sûr que cela existe et bien sûr que je continue à donner mon plus beau sourire aux passants. Pour autant, ça continue de me choquer et de me gêner après presque un mois sur le territoire kiwi (que vais je dire lorsque je vais rentrer en France !) De quoi avons nous peur ? Qu’est ce qui nous retient ? Sait-on seulement qu’en maintenant son confort (être dans sa bulle) coûte que coûte, on perd l’essentiel … le rapport humain naturel et innocent dont nous avons tous tant besoin et qui nous pousse à le recréer de façon artificielle (et souvent commerciale) à travers des applis, internet, …, ou sécurisé par des connaissances communes. Quel dommage. Quel gâchis !

Mon collègue de voyage me répond : “oui mais dans les villes, il y a trop de monde, on ne peut pas parler à tout le monde !”. Je lui dis qu’il a sûrement raison, mais je sens bien qu’il y a autre chose. Son argument, bien que tout à fait raisonnable évite de regarder dans la nature de l’homme, là où se cache selon moi la véritable réponse à mon questionnement.

N’importe qui parle-t-il et sourit-il à n’importe qui dans les petites villes où dans les campagnes ? Sans doute davantage, certes, mais pas tant que ça … il y a autre chose …

Et, c’est là que je vois ce chien qui court vers le premier chien venu, l’aboie et le renifle un peu, qui court vers le premier humain venu, spontanément, naturellement, le regarde, le renifle, lui réclame des caresses. Et le lien se fait dans ma tête … nous avons simplement perdu cette qualité d’être, là où les hommes, dans certains endroits du monde, plus préservés, ont su la maintenir. Pourquoi ne pourrait on pas parler, sourire, à tout le monde, spontanément, naturellement ? Pourquoi n’est ce pas notre norme ?

Pas le temps ! Peur de l’autre ! Nous avons créé un système de vie qui nous coupe de notre humanité et de notre capacité à répondre à l’un de nos plus grands besoins : communiquer avec nos alter-egos. Cela devrait être aussi simple, spontané et naturel (voire instinctif) que de respirer, ne pensez vous pas ?

Est-il vraiment sain d’être normal dans un monde malade d’un manque évident d’humanité ?

En fait, je suis convaincu que cela nous rendrait beaucoup plus heureux de renouer avec cette qualité d’être plus humain, c’est à dire nous même, c’est en tout cas l’expérience que j’en retire. D’ailleurs, on peut aussi penser aux enfants qui ne se préoccupent pas encore des conventions sociales et qui abordent n’importe qui tout à fait spontanément, avant qu’on ne leur apprenne à ne plus le faire.

Cela serait-il donc naturel pour l’homme ?

N’apprenons nous pas à nous défaire de notre humanité en devenant adultes ?

Nous l’intellectualisons, prétextant la sauvegarder, mais notre humanité ne doit elle pas se vivre avant tout ? Je veux dire dans chaque instant de la vie quotidienne, de manière très concrète ?

Alors, je veux remercier tous ces humains qui m’ont souris et qui m’ont parlé sans même penser qu’ils faisaient quelque chose d’exceptionnel et aussi ce chien qui m’a appris qu’il était peut être plus humain que moi, que nous ? !

… à méditer …

 

Aujourd’hui, j’ai rencontré un arbre :

Toujours dans ce magnifique parc, j’ai rencontré un Puriri (vitex lucens) âgé d’environ … 2000 ans !

Vous avez bien entendu … 2000 ans !

Vous imaginez ce que cela signifie ?

Quand nous inventions internet, il était déjà là !

Quand nous faisons la guerre, il était déjà là !

Quand nous inventions l’industrie, il était déjà là !

Quand nous faisions la révolution, il était déjà là !

Quand nous découvrions d’autres continents, il était déjà là !

Quand nous vivons l’époque des lumières, il était déjà là !

Quand nous philosophions, recherchions, réfléchissions, construisions, etc., il était déjà là !

Au temps du moyen âge, il était déjà là !

Bref, il est né quasiment à l’an zéro de notre monde !!!

Que peut bien être, ressentir et dégager un arbre qui a traversé les siècles de cette façon ? Un vieil arbre qui contemple, en une seule et même vie, la totalité de l’histoire dite moderne de l’être humain ?

A elle seule, l’idée me fait vaciller, je ne parviens même pas à en saisir la portée.

Nous sommes donc si petits que ça. Qui suis je face à cet ancêtre millénaire ? Une petite cellule ? Comme l’une de ses feuilles peut être ?

Alors je m’approche de lui, le regarde, enlève mes tongues et pose mon sac, je pose mes deux pieds nus sur ses énormes racines et mes deux mains sur son tronc, puis je ferme les yeux. J’ai le sentiment qu’il est bienveillant avec moi, qu’il me donne un peu de son énergie de vie, de sa sagesse, de son équilibre, qu’il me raconte mon histoire. Il me rappelle aussi que nous avons la même, que nous sommes tous les mêmes cellules du grand tout … la vie, le monde, l’univers !

Oui, aujourd’hui j’ai rencontré un grand monsieur, l’arbre Pururi, qui m’a lui donné une leçon d’humilité devant l’histoire de l’humanité.

 

Bilan :

J’étais parti pour une simple balade dans un parc et j’ai pris de magnifiques leçons de vie en parcourant les allées de cette forêt de ville enchanteresse. La vie est pleine de merveilleuses surprises pour qui se donne le temps et l’espace de les voir et de les accueillir.

Merci à la forêt, merci au chien et merci à l’arbre.

Belle journée ?

 

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