Cajucito ou “Always look at bright side of life”

Nous sommes le 08 aout, je me souviens péniblement que nous sommes un mercredi, je suis donc arrivée il y a 6 semaines sur le bateau, Cajucito.
Quand je dis péniblement, je pèse mes mots. Les trois premières semaines, j’avais encore des repères temporels, et puis ils se sont de plus en plus dissous. Le temps s’étirant dans la chaleur de ses journées, généralement bercées par quelques courses, baignades, cuisine, sieste, lecture, écriture pour les journées les plus efficaces 😉
J’ai dû lâcher cette envie de “profiter”, car qu’est-ce que profiter ? Est-ce faire sans cesse des activités ? Est-ce être tout le temps dans le faire ? Peut-être pas.
Je profite d’une connexion internet pour regarder la définition de “profiter” : “tirer profit d’une situation” ou “être utile”. Finalement, profiter n’a rien à avoir avec “faire le plus de choses possibles” !

Et puis la chanson de Cajucito, c’est “Always look at bright side of life”. Chanter cela au clair de lune, sous la voie lactée, laisse indéniablement des séquelles.

J’en ai parlé dans mes articles précédents, ces vacances ne sont pas des vacances. C’est un “break”, une pause. N’est-il pas temps de faire une pause dans tous les sens du terme ?

Une pause dans le rythme, une pause dans les objectifs, une pause, un lâcher prise. Être simplement avec soi, être simplement avec l’autre, que je connais ou pas, être simplement là dans ce décor de rêve.
Je pense qu’il m’a fallu véritablement 3 semaines pour lâcher, à ce point. Dans ces atolls du bout du monde, la vie est simple. La mer, la plage, des cocotiers, un petit village, et quelques kilomètres de route plate. Le dénuement, la simplicité permet de se recentrer. Bien loin des sollicitations continuelles de nos vies modernes. Ce lâcher prise me fait déjà ressentir un esprit apaisé, un esprit clair, qui sait se poser, qui n’est plus dopé à la sollicitation permanente et multi-tâches.

Au bout de 6 semaines, j’en récolte les fruits. Je le découvre comme cela, au détour d’une soirée anodine. Partager des fajitas, au milieu de personnes rencontrées sur le voyage, chacun ayant vécu l’expérience, plus ou moins longue de la voile, des origines différentes, des âges différents, des parcours et des envies différentes. Alors que ce milieu m’était encore totalement inconnu il y a deux mois, je me suis alors vu raconter presque naturellement en anglais, les péripéties de navigation. Que m’est-il arrivée ? Je veux dire qu’est-il arrivé à la personne peu à l’aise en anglais, qui se cache derrière un trop facile : “je ne parle pas très bien anglais” et puis “je ne connais rien à la voile” ?

J’ai décidé il y a 6 semaines, de prendre simplement ce billet d’avion, d’accepter cette expérience sur le bateau, et de voir simplement comment ça se passerait. Parfois, (peut-être même souvent) rien ne sert d’anticiper, rien ne sert de se définir dans un état, surtout limitatif. Nous pouvons juste tenter l’expérience, repousser un peu ses limites, tout en se facilitant la tâche, et voir si cette vision de nous-même, si cette manière de nous définir n’est pas obsolète, limitative, tronquée ? Jusqu’au dernier moment, je m’étais laissé la possibilité de faire le trajet retour sur Tahiti en avion. Mais comme souvent, j’aime tester un peu plus loin, les traversées n’ont pas été toujours facile mais pas horribles. J’ai tenté. Et je n’ai pas été malade. Ca paraît peut-être bête à dire, mais c’est des possibilités qui s’ouvrent, certaines limites qui sans sauter totalement, deviennent plus flexibles.

Je sais à quel point les mots créent une réalité. Si je me définis dans une vision limitée, je me limite.
Avant, je ne parlais pas anglais, avant je me cachais derrière les facilités de mon compagnon pour ne pas parler. Maintenant, je peux parler toute une soirée en anglais, participer allègrement à un débat animé, en assumant mes fautes et mon accent français ! Ce sont aussi d’autres portes qui s’ouvrent. Avec une langue, c’est en plus une nouvelle manière de voir le monde, d’autres échanges, une nouvelle manière de s’enrichir.

A 20 ans, j’ai dit un jour à ma mère “je suis comme ça, c’est pas maintenant que je changerais”. Je l’ai bien fait rire ce jour-là, son rire a longtemps eu des résonances en moi, comme pour me transmettre un message important. J’ai changé sur tellement de choses. Changer n’est pas devenir quelqu’un d’autre, mais plutôt ne plus se laisser définir par des limites et des peurs, ne plus se laisser définir par ses traits grossiers qui cachent le diamant que vous êtes.

Je pense toujours au bloc d’argile que l’on sculpte. On commence par enlever les grosses masses, puis on dessine les grandes lignes, et puis on affine, on lisse, on réajuste pour faire évoluer un ensemble harmonieux. Il faut toute une vie pour sculpter qui on est, pour se découvrir et enlever les peurs et les limites non-nécessaires.

Alors quelle nouvelle expérience ai-je envie de vivre ? Quel nouvel apprentissage ai-je envie d’entreprendre ? J’ai l’impression d’être face à une carte de menu impressionnante, une sorte de buffet à volonté où je n’ai plus qu’à choisir par quoi je souhaite commencer !

Et vous, qu’est-ce qui vous fait saliver ?

Apprendre à jouer de la guitare ? Repousser votre peur des araignées ? Commencer un nouveau sport ? Ou apprendre une langue ? Si vous vous dites, je suis “trop vieux pour ça”, ou “c’est un rêve de gamin”, commencez par cela 🙂

Et si vous décidiez là de jeter votre sac par-dessus le mur ? De partager tout simplement en commentaires, ce que vous décidez d’apprendre, d’entreprendre, de laisser de côté pour faire une expérience différente ? Sans autre enjeu que de vivre tout simplement quelque chose de différent ?

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